Analyser ensemble de vraies situations professionnelles
Fondé au Québec par Adrien Payette et Claude Champagne en 1997, le groupe de codéveloppement professionnel est une approche de formation qui mise sur le partage d’expériences en groupe restreint. Son but est d’aider les personnes participantes à résoudre des problèmes d’ordre professionnel et d’amener chaque personne à se questionner et à examiner le problème sous un autre angle (Champagne, 2021; Vandercleyen et al., 2019).
La démarche proposée par le projet CoDév s’inscrit dans cette approche tout en misant sur l’intelligence collective, et reconnaît également son potentiel pour favoriser les apprentissages issus des situations de succès vécues.
« Mieux comprendre ensemble pour mieux agir individuellement sur les situations professionnelles rencontrées. »
– Champagne, 2015

Trois rôles clés
Le succès d’un groupe de codéveloppement repose sur l’engagement de chaque membre à occuper pleinement son rôle. C’est une dynamique de « donner et recevoir » où la parole est aussi importante que le silence.
La personne cliente – la porteuse de situation. Elle est au centre de la démarche pour une séance donnée. Elle accepte de partager une situation réelle et vécue qui la préoccupe ou qui l’interpelle. Sa mission : exposer les faits et ses ressentis de manière concrète et explicite. Sa posture : s’ouvrir à de nouvelles perspectives, écouter les retours du groupe et s’engager dans un projet d’action à la fin.
Les personnes consultantes – l’intelligence collective. Elles sont là pour aider la personne cliente à y voir plus clair, sans toutefois prendre sa place ni lui imposer leurs solutions. Leur mission : pratiquer une écoute active et empathique, poser des questions pour explorer la situation et proposer des pistes d’action diversifiées. Leur posture : mettre de côté leurs propres intérêts, se démunir de tout jugement et respecter les choix finaux de la personne cliente.
La personne animatrice – la gardienne du cadre. Son rôle n’est pas d’être experte du contenu, mais facilitatrice du processus de groupe. Sa mission : veiller au respect des étapes et du temps alloué, gérer les tours de parole et aider à clarifier le besoin de la personne cliente. Sa posture : être totalement présente, neutre, et assurer un climat sécurisant où l’on accueille la divergence de points de vue sans chercher le consensus.

Cinq formules, selon le temps dont vous disposez
Le codéveloppement professionnel peut prendre différentes formes selon les objectifs poursuivis, le temps disponible et la taille du groupe. Certaines formules favorisent l’exploration approfondie d’une situation complexe, tandis que d’autres misent sur un rythme plus rapide, le travail en sous-groupe ou la valorisation des réussites vécues.

Le formule ristretto s’inspire du modèle de Keith McCandless et Henri Lipmanowicz (2014) et peut s’exprimer selon les diverses modalités, notamment en virtuel.
La formule chocolat chaud a été ajouté par l’équipe parce qu’elle permet de focaliser l’attention sur les situations positives et de prendre du recul sur les pratiques gagnantes. Elle contribue à valoriser le travail enseignant en prenant pleine conscience des actions posées inconsciemment.
La formule americano est la version originale inspirée du modèle de Payette et Champagne (1997). Elle se déroule en six étapes : la préparation, l’exposé, la clarification, le besoin, l’exploration, la synthèse et le bilan. Les formules plus courtes en reprennent la logique en resserrant le temps alloué à chacune.
Le retour sur investissement
Au début de la séance suivante, un moment de recul permet d’évaluer les pistes d’action mises en œuvre à la suite des échanges. Cette étape de six minutes vise à reconnaître les efforts investis par la personnes cliente, à apprécier les retombées observées dans la pratique professionnelle et à mettre en lumière les apprentissages réalisés.
C’est ce qui distingue le codéveloppement d’une simple discussion entre collègues : la démarche débouche sur une action, et cette action fait l’objet d’un suivi.
Les conditions gagnantes
Quatre piliers assurent le succès de la démarche :

Au-delà des méthodes et des outils, c’est le savoir-être de chacune et chacun qui permet de créer un espace propice à l’expression, à la réflexion et au développement professionnel. La confidentialité des échanges en est la condition première : ce qui se dit dans le groupe reste dans le groupe.

